On ne peut pas éternellement se nourrir de rêves, il faut parfois essayer de les vivre.

 Voilà plusieurs années que j’avais en tête un projet qui me semblait un peu fou

 mais je me sentais totalement incapable de le réaliser.

 Les origines en sont vraiment multiples :

mon goût pour la montagne et la randonnée, mon envie de me couper complètement du quotidien sur une longue période,

mes lectures, des rencontres…

 Bref tout ceci réuni a fait que quand l’opportunité s’est présentée je me suis jeté à l’eau.

 Voilà comment j’ai décidé de traverser …

 

 

    Le voyage tout en images

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Bon voyage

 

 

J’arrive à la mi-journée en gare d’Hendaye. Je suis terriblement impatient que je tire frénétiquement sur la poignée de la porte bien avant l’arrêt du train. J’ai envie de hurler « Méditerranée me voilà !!!! ».  Mais je suis sur la côte atlantique et avant de voir la grande bleue, il va falloir faire un peu moins de 900 Kms et plusieurs dizaines de milliers de mètres de dénivelées positives et autant négatives.

A peine une heure après mon départ je sens les premières ampoules. Je cale dans la première montée. Où est passé mon habituel turbo ?

             

Dès le premier soir je commence à émettre des doutes sur mes chances de succès. Je savais que le départ serait difficile et je m’étais pourtant préparé physiquement au portage, mais rien à faire. Les premiers jours sont un calvaire. Je croule sous la charge en montée, mes pieds me font hurler de douleur dans les descentes.

                    

Maintenant c’est clair. Ce n’est pas cette année que je verrai la Méditerranée. D’ailleurs, si je n’en avais pas tellement parlé autour de moi, « je vais relier l’Atlantique à la Méditerranée par le GR10 en traversant les Pyrénées !!! », j’aurais abandonné dans les 3 premiers jours. Mais trop fier, je m’oblige à continuer.

 Pour ne pas déprimer complètement je change ma philosophie : je vais marcher six semaines et je reprendrai l’année prochaine de là où je me serai arrêté.

Mais même cela me semble irréalisable.

         

Voilà maintenant quelques jours que j’ai quitté les jolies collines basques pour attaquer enfin la vraie montagne.

Mes pieds me font moins souffrir. Je marche de plus en plus vite et de plus en plus longtemps.

Tous les soirs je refais les calculs et me basant sur mes performances du moment et après dix jours, je me rends compte que je suis tout juste dans les temps pour rallier la Méditerranée.

           

Il me faudrait néanmoins  un concours de circonstances incroyable pour y  arriver : pas de jour de repos, pas de mauvais temps qui me ralentirait. Bref je me mets à rêver qu’éventuellement si j’ai de la chance… Mais conjointement à cela la fatigue commence à se faire sentir et je me dis que déjà, si j’en fais la moitié, ce serait bien. Bref je suis tiraillé.

         

A Cauterets je suis confronté à un dilemme : je peux rallier la petite ville de Lux Saint Sauveur en une journée et garder encore une chance  d’arriver à la Méditerranée dans les temps, ou faire une boucle de trois jours qui ruinerait mes derniers espoirs.

Fidèle à ma nouvelle philosophie, je décide de ne pas tout sacrifier à mon défi et j’opte pour la boucle et son chemin des cascades, son col enneigé au pied du Vignemale, et le cirque de Gavarnie.

C’est décidé, la Méditerranée attendra l’année prochaine.

                

En définitive, j’avance tellement vite, que les trois jours se transforment en deux. Mais la fatigue est bien présente. En plus,  je passe la nuit suivante à essayer d’empêcher ma tente, frêle esquif au milieu de la tempête, de s’envoler.

Le lendemain, je traverse le parc du Néouvielle sous la pluie et le vent. J’écourte la journée de marche et je rallie, exténué, un refuge. Je paye les journées trop longues et la nuit blanche.  

J’appelle un copain : « si la météo continue comme cela, je rentre ! ».

Les prévisions pour la semaine sont catastrophiques mais fort heureusement elles ne se réaliseront pas.

              

Les jours suivants, sans que j’arrive à expliquer pourquoi, au lieu de sombrer, je passe encore à la vitesse supérieure : je m’envole. Du coup, je deviens de plus en plus optimiste concernant mes chances de réussite.

                 

L’Ariège sera donc comme prévu le juge de paix. Une fois traversé je saurais si je peux filer sur l’arrivée ou si, faute de temps, je m’arrêterai pour faire les Pyrénées Orientales l’année prochaine.

Pas question en effet de « mourir » à deux ou trois jours de l’arrivée. Si je ne dois pas voir la Méditerranée cette année je veux me garder une part suffisamment intéressante à faire l’année prochaine.

   

  A défaut de juge de paix, l’Ariège sera surtout mon juge des peines. Je passe presque une semaine dans le froid et le brouillard et parfois même sous la pluie.

Aux cols je n’ai pas une seule vue dégagée et, au milieu des nuages, je bataille pour ne pas perdre le balisage.

               

Le moral en prend un sacré coup mais c’est trop tard. Ma détermination est maintenant sans faille.  

      

J’endure patiemment en attendant les jours meilleurs. Il n’est pas question d’abandonner (tout juste j’émets un moment l’hypothèse de prendre un jour de repos).

 

                

L’Ariège passé les beaux jours reviennent. J’ai maintenant de l’avance sur mon plan de marche.

Petit à petit les dénivelées quotidiennes deviennent moins importantes. Je me déconcentre. 

Je me crois déjà arrivé.

J’ai tort. Je souffre.  

    

                

Mais après deux jours horribles, j’arrive à  me remobiliser.

Je retrouve du courage et de la motivation. L’arrivée n’est plus très loin.

La végétation et les odeurs ont changées. Je sens la Méditerranée.    

                       

Il faudra néanmoins attendre le tout dernier jour pour que je la vois enfin. C’est bête, mais je ne peux empêcher quelques larmes de couler sur mes joues. Je croise un groupe de randonneurs qui me demandent jusqu’où je vais : «Banyuls » et j’ajoute «il ne me reste que quatre heures de marche ». « Quatre heures c’est déjà long » me répond l’un d’eux ; « pas quand on vient d’Hendaye… non, vraiment pas quand on vient d’Hendaye… ».

                    

A l’arrivée à Banyuls, aucune joie excessive. Je marche dans la ville complètement étranger au milieu de tous ces vacanciers.

Après être tombé dans les bras de ma petite amie qui m’a à peine reconnu tellement j’avais perdu du poids, je regarde la plage. Je m’étais promis de plonger dans la mer tout habillé. Je n’en ai plus envie. Je me change car j’ai du mal à supporter l’odeur de mes vêtements après 40 jours de marche, et nous nous asseyons à la terrasse d’un café. 

                   

Je regarde la Méditerranée. Une idée saugrenue me traverse soudainement l’esprit : je prendrais bien un voilier pour traverser la mer jusqu’en Syrie. Et si cette petite balade Pyrénéenne n’était que la première étape d’un tour du monde qui emploierait différents modes de transports ?...